Tournai regorge d'habitations construites au XVIIe siècle. Dès 1667 et le siège de la ville par Louis XIV, Tournai est sous domination française. À cette époque, l'urbanisme est profondément revu.

 

Le roi de France et ses conseillers fortifient tout d'abord la cité, les remparts sont modernisés et adjoints d'une toute nouvelle place forte étoilée, la citadelle de Tournai.

Parallèlement à ce projet colossal, Louis XIV veut sécuriser et améliorer l'hygiène en ville, il fait canaliser l'Escaut et met en place une série de règles urbanistiques que l'on appelle aujourd'hui le style louisquatorzien.

- encadrement des percements en "dur", c'est-à-dire en pierre de Tournai, tant au rez-de-chaussée qu'à l'étage (Le style tournaisien, lui, reprend les encadrements de baies en pierre au rez-de-chaussée, tandis que ceux des étages sont en alternance de pierre et briques)

- prolongement des linteaux et seuils par des bandeaux de pierre horizontaux

- prolongement des trumeaux par des bandeaux de pierre verticaux

--> cela donne souvent un quadrillage en pierre de la façade

- abandon du pignon en façade principale au profit d'une toiture parallèle au sens de la rue

- mur de refend en briques séparant les greniers des maisons mitoyennes (et non plus des parois en torchis ou en pans de bois)--> le but est d'éviter ou tout du moins de diminuer les risques de propagation d'incendie entre maisons voisines.

Une belle illustration de l'architecture tournaisienne sous Louis XIV, également appelée louisquatorzienne, est ce bâtiment d'angle de la place de Lille.

 

Cette construction du XVIIe siècle présente certaines caractéristiques architecturales du style louisquatorzien citées ci-dessus. La façade bichrome est composée de briques badigeonnées (pour les entablements et les allèges) et de pierre de Tournai (pour le soubassement et les encadrements des percements). 

La façade présente un quadrillage typique de ce style. La verticalité est marquée par le prolongement des trumeaux. L'horizontalité, quant à elle, est soulignée par les cordons larmiers qui prolongent les linteaux des baies. On parle de "cordons larmiers" parce que leur relief permet d'éloigner l'eau de ruissellement de la façade. Grâce à leur forme, ils permettent à l'eau de tomber au sol, non pas en coulant le long de la façade mais en gouttant de "larme" en "larme". Ils freinent de ce fait l'infiltration de l'humidité en façade. 

Les allèges des baies (c'est-à-dire l'espace entre le seuil d'une fenêtre et le sol, ou entre le seuil de la fenêtre et le linteau de la baie inférieure) sont décorées de cartouches sculptés en pierre. Ils font de toute évidence référence à la fonction originale du bâtiment, ici une boulangerie. On peut y voir, de droite à gauche, le moulin qui moud le grain, le boulanger qui pétrit son pain et qui le place ensuite au four.

La façade est surmontée d'une toiture à croupe frontale percée d'une lucarne en bâtière moderne. La seconde façade de cette maison est composée en une grande majorité de briques. Une seule travée reprend les caractéristiques du type louisquatorzien.

Cette maison, classée en 1981, malgré la perte d'éléments typiques tels que les corbeaux en bois sculptés supportant la corniche ou les montants ouvragés des lucarnes, témoigne d'une volonté d'assainissement et d'homogénéité stylistique à Tournai. Sa composition, bien que rigoureuse, confère à l'ensemble une certaine élégance.