L'église Sainte-Marguerite est bien connue des tournaisiens, ne fut-ce que par son aspect qui tout de suite attire l'œil. Complètement abandonnée pendant des années, l'édifice se dégrade assez rapidement, une partie de la charpente est même démontée afin d'éviter qu'elle ne s'effondre. Des bâches sont alors installées en guise de solution temporaire... Ce pansement, associé aux aléas de la météo et à la lenteur d'une réaffectation cause bien vite plus de dégâts : la structure du chœur se dégrade menaçant les stucs. L'église petit à petit est rongée, les différents acquéreurs et les projets sont quant à eux tour à tour déboutés. Qu'en est-il aujourd'hui?

Rappelons tout d'abord que l'église que l'on aperçoit actuellement est le fruit de quatre grands événements.

 Le premier a lieu en 1288, date à laquelle  une première église est fondée par Michel de Warenghien, alors évêque de Tournai. 

 Le second marque l'histoire de l'église. En 1647, l'abbaye tournaisienne de Saint-Nicolas des Prés est expropriée au profit de l'installation d'une toute nouvelle forteresse, plus puissante et surtout pourvue d'un plan en étoile stratégique, la citadelle. Afin de compenser cette perte, Louis XIV, qui a commandé la construction de la citadelle, donne aux religieux l'église Sainte Marguerite. Le bâtiment est donc promu au rang d'abbatiale, sans en posséder réellement les caractéristiques.

C'est paradoxalement l'incendie de 1733, dont seul la tour de l'église en réchappa, qui permet, lors de sa reconstruction en 1760 (hypothétiquement dirigée par Laurent-Benoit Dewez), à l'abbatiale d'acquérir ses lettres de noblesse. Sainte Marguerite se voit dès lors pourvue d'un long chœur pouvant accueillir les stalles des religieux.

Vingt ans plus tard, l'abbatiale est "rétrogradée" pour redevenir simple église paroissiale. C'est à cette période que le portail de style Louis XIV et le campanile octogonal seront ajoutés. 

La paroisse est une première fois supprimée en 1880, une seconde fois en 1960 et finalement fermée au culte en 1986. Tandis que l'église est laissée à l'abandon (malgré son classement en 1936), les bâtiments conventuels ont eux été réhabilités par l'industrie (filature de laine et bonneterie) pour ensuite être réutilisés comme hébergements.

--> Que reste-il de l'abbaye et des bâtiments abbatiaux? 

Le porche secondaire, situé sur la place Roger de le Pasture, a été réalisé par Guillaume Hersecap. Composé d'un arc en pierre bleue à bossage alternant, le porche est couronné par deux pots à feu et par une baie rectangulaire en arc en plein cintre dont le sommet est brisé.

L'église a quant-à-elle conservé le plus bel élément de son héritage abbatial : le décor allégorique stuqué. Il s'agit de quatre chutes de trophée symbolisant les quatre docteurs de l'Eglise, unique décor stuqué daté du XVIIIe siècle conservé à Tournai.

--> De son passé paroissial, l'église conserve sa tour en pierre de cinq niveaux et son porche principal. 

En pierre blanche et couvert d’un badigeon jaune, le porche est percé d’un portail cintré orné d’une clé et surmonté d’écoinçons à guirlande. Des colonnes jumelées à chapiteau ionique supportent un entablement et un fronton triangulaire décoré d’un médaillon aux motifs végétaux. 

Une première fois restaurée à la fin des années 1990, achetée en 2004, vidée de son mobilier, inscrite en 2013 sur la liste du patrimoine à protéger, des travaux qui débutent pour être arrêtés quelques mois plus tard, la saga "Sainte Marguerite" est sur le point de s'achever. L'église est aujourd'hui l'objet d'un vaste projet visant à y installer des appartements, un espace culturel ainsi qu'une piscine. L'idée étant de conserver l'enveloppe de l'église, ainsi que certains éléments décoratifs comme l'élégant vitrail de Capronnier représentant l'adoration des mages.

Actuellement le projet en est à la phase "travaux", et ils sont très impressionnants! Les murs latéraux du chœur ont été évidés afin de permettre l'accès des engins de chantier, certains vitraux ont été détruits, les décors stuqués laissés sans protection pendant de longs mois, etc.

 

 

Il me semble qu'une réaffectation comme celle-ci se devrait de mettre en évidence le patrimoine conservé! Les vitraux et les stucs peuvent sans aucun doute apporter une plus value au projet d'espace culturel qui serait aménagé aux premiers niveaux du bâtiment... Il est donc à déplorer le peu de considération pour ce type de vestiges, alors que d'autres projets nous prouvent leur valeur lors de projet de réaffectation (libraire Selexyz, ancienne église dominicaine, à Maastricht, et ses voûtes peintes).

 

 Pour plus d'informations sur

  • l'église Sainte-Marguerite : CASTERMAN L.-D. & PEETERS P., L'église Sainte-Marguerite à Tournai. Survivre, Tournai, 2008.
  • l'abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés : PYCKE J. & JACQUES M.-A., L'abbaye tournaisienne de Saint-Nicolas-des-Prés, dite encore Saint-Médard ou Saint-Mard (1126-1795). Bref historique et patrimoine culturel, Tournai/Louvain-la-Neuve, 2008. (Coll. Tournai - Art et Histoire. Instruments de travail)