Si vous êtes déjà passés par la gare de Tournai, ces images doivent sûrement vous dire quelque chose... 

Il s'agit de peintures murales. Les tableaux représentent des scènes de la vie de tous les jours et tapissent le tunnel (murs et plafond) qui relie les différents quais entre eux, ils égaient également la partie du tunnel qui vous permet de rejoindre le Boulevard Eisenhower, derrière la gare.

Alors comme beaucoup d'entre vous, j'avais déjà vu ces céramiques, mais la ponctualité des trains aidant, bien souvent on ne flâne pas dans le tunnel, soit l'on court vers son train, soit l'on attend le prochain sur le quai ou dans la gare. 

Ces scènes ont été réalisées par Edmond Dubrunfaut (1920-2007), artiste français. Co-fondateur des "Forces murales" en 1947 (avec Louis Deltour et Roger Somvill), Dubrunfaut défend l'importance de l'art et surtout sa proximité avec les gens. Pour ce faire il opte pour un art mural démocratique, visible de tous, le tout dans un style simple, influencé par Picasso, Fernand Léger et le réalisme social. Ses thèmes de prédilection sont la réalité du quotidien, le travail des hommes, leurs loisirs, leur vie. 

Progressivement Dubrunfaut précise sa pensée. Pour lui, bien plus que de placer l'art à proximité immédiate du public, il faut donner aux gens l'occasion d'apprendre et de connaître l'art pour mieux l'apprécier :''Informer pour connaître, Connaître pour aimer, Aimer pour créer "Dans cette optique d'art pour tous, les supports choisis se veulent de grandes dimensions et surtout accessibles au plus grand nombre. Les adhérents des "Forces murales " travailleront donc plus particulièrement la tapisserie, la peinture monumentale, la céramique murale, la mosaïque ou encore les vitraux.

C'est dans cette optique que Dubrunfaut oeuvre à Tournai pour mettre en valeur l'art de la tapisserie et prend part à la création du TAMAT, centre de la Tapisserie, des Arts Muraux et des Arts du Tissu.

Les peintures murales de la gare de Tournai composent trente tableaux. On y retrouve un style emprunt d'humanisme, où les hommes sont représentés en famille,dans leurs actions quotidiennes (agriculture, élevage), entourés d'animaux (chien, chèvre, canard, vache, ruche et abeilles, etc. ), ou durant leurs moments de loisirs (au bal masqué, à la mer, à la pêche ou à la chasse, etc.). Dubrunfaut voulait représenter des "gestes que les gens font et qu'un voyageur qui se trouve dans les wagons peut voir par les fenêtres".

Le geste se veut rapide, ressemblant beaucoup à la caricature. L'artiste a travaillé sur base de photographies de modèles qu'il a ensuite retracer sur des carreaux de céramiques

Le plafond, couvert de nuages et de zones colorées, symbolise les saisons et le cycle saisonnier.

Réalisées en 1986, les scènes de Dubrunfaut ont depuis connu quelques difficultés. Différents installations facilitant la vie des usagers de la gare ont été ajoutées au fil du temps, tels que des luminaires ou encore des écrans de tv affichant les horaires des trains. Il est quand-même à déplorer le peu de considération prise lors de la mise en place de ces ajouts, défigurant ou cachant les peintures.

Vandalisées, elles ont été nettoyées en 2008. Cette opération ne s'est pas déroulée sans mal, puisque certaines des peintures ont été abimées, en particulier les fresques. Il est alors proposé de les déplacer afin de les préserver. Cette solution me semble hors de propos. Il est ici question d'oeuvres créées dans une finalité précise où le support et le lieu n'ont pas été choisi par hasard, loin de là. Les déplacer signifierait perdre une partie du message transmis par Dubrunfaut.

Lors de votre prochain passage, prenez un peu de temps pour observer autour de vous et vous découvrirez un univers humaniste témoin d'un mouvement artistique démocratique prônant l'art pour tous.

 

Pour plus de renseignements sur Dubrunfaut  vous pouvez consulter :