Qu'ont en commun le parvis du musée des Beaux Arts et le Pont à Pont?

Ces deux lieux accueillent chacun une statue réalisée par l'artiste tournaisien George Grard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

George Grard, né à Tournai en 1901, suit les cours d'Amédée Huglo (sculpteur tournaisien) et de Maurice De Korte (sculpteur bruxellois) à l'Académie des Beaux-Arts de Tournai. Jonglant entre sa passion et de petits métiers pour nourrir sa famille, Grard décide de quitter Tournai, de divorcer et de s'installer à Sint-Idesbald avec sa nouvelle compagne, Georgette Dufour.

En 1930, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles lui remet le prix Rubens qui lui permet de disposer d'une bourse et de se rendre à Paris où il rencontrera Charles Despiau, sculpteur caractérisé, tout comme Rodin, par son refus de l'académisme. Grard se familiarisera également avec les oeuvres de Maillol glorifiant le corps humain mais surtout les formes du corps féminin.

À Sint-Idesbald, Grard vit et travaille dans un cercle d'amis artistes que l'on qualifiera d'Ecole de Sint-Idesbald. On y retrouve sa compagne, Georgette Dufour, sa muse, Isette Gabriels (également artiste) mais aussi Paul Delvaux et Pierre Caille. Dès les années 50, Grard est au sommet de sa carrière. Il est désormais sollicité et réalise nombre de commandes publiques. Ses oeuvres glorifient le corps et les formes de la femme. On y retrouve des femmes aux courbes plantureuses ayant bien souvent un lien avec la nature. Citons Le printemps, initialement créé pour le parc du Cinquantenaire et maintenant installé au Musée de Plein Air du Sart-Tilman, La mer, devant la poste d'Ostende, La Caille, à Sint-Idesbald ou encore La terre et L'eau, à proximité du pont Albert à Liège.Le printemps, musée en Plein-Air du Sart-Tilman, photo de Jean Housen, Fondation George Grard

La mer, Poste d'Ostende, photo issu de ce site

Dès 1975, sa santé l'empêche de sculpter. Il pratique donc essentiellement le dessin jusqu'à sa mort en 1984. Son épouse, crééera en 1994, la Fondation George Grard tout comme le musée du même nom à Gijverinkhove, entre Veurne et Ypres.

Beaucoup de ces sculptures existent en plusieurs versions que ce soit en différentes dimensions ou finitions. Elles réflètent la vie d'une manière très naturelle. Leur sensualité intense explique tant les nombreux scandales rythmant leur histoire que leur succès.

À Tournai, la statue qui fera couler le plus d'encre c'est La naïade installée sur le Pont-à-Pont le 31 août 1950. Dès lors le scandale s'amorce et s'amplifie. Rapidement, sa nudité, qualifiée de choquante, est recouverte d'un tissu.

Photographie de Messian - Archéologie Industrielle de Tournai

Finalement, la commune décide de la déboulonner le 7 septembre de la même année! Durant trois décennies, elle sera installée au pied du Pont-à-Pont, son regard tourné vers la ville et la cathédrale. 

 La naïade installée au pied du Pont-à-Pont

Ce n'est que le 7 janvier 1983 que La naïade sera réinstallée à son emplacement d'origine. 

Aujourd'hui, la statue ne soulève plus les critiques. Elle fait partie du paysage tournaisien et est, comme ses acolytes, habillées lors du carnaval annuel.

La naïade, ici déguisée en Néron, Carnaval de Tournai, photographie de "Vuesdunord", issue de ce blog.

 

En cherchant bien, vous pourrez également voir des oeuvres de Grard au Musée des Beaux-Arts (Jeune femme assise, La terre), à l'église Saint-Brice (Tabernacle et fonts baptismaux : Adam et Eve), à la Placette W. Ravez (Les poriginelles) et au Cimetière du Sud (médaillon de Victor Mombel).

 

Pour plus de renseignements vous pouvez consulter :

  • BOUCQ O., BUIS J., DE KEYSER E? et LEGGE J., George Grard > Isette Gabriels. La Naïade, un sculpteur, un modèle artiste, 2008, Tournai.
  • VAN DEN BUSSCHE W., LEGGE J. et SECRET M.,  George Grard. Catalogue d'exposition, Povinciaal Museum Constant Permeke Jabbeke, 1991.
  • la page web du musée en Plein-Air du Sart-Tilman