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De La naïade à La femme regardant le soleil, Grard à Tournai

Le 11 mai 2014, 09:55 dans autres 0

Qu'ont en commun le parvis du musée des Beaux Arts et le Pont à Pont?

Ces deux lieux accueillent chacun une statue réalisée par l'artiste tournaisien George Grard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

George Grard, né à Tournai en 1901, suit les cours d'Amédée Huglo (sculpteur tournaisien) et de Maurice De Korte (sculpteur bruxellois) à l'Académie des Beaux-Arts de Tournai. Jonglant entre sa passion et de petits métiers pour nourrir sa famille, Grard décide de quitter Tournai, de divorcer et de s'installer à Sint-Idesbald avec sa nouvelle compagne, Georgette Dufour.

En 1930, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles lui remet le prix Rubens qui lui permet de disposer d'une bourse et de se rendre à Paris où il rencontrera Charles Despiau, sculpteur caractérisé, tout comme Rodin, par son refus de l'académisme. Grard se familiarisera également avec les oeuvres de Maillol glorifiant le corps humain mais surtout les formes du corps féminin.

À Sint-Idesbald, Grard vit et travaille dans un cercle d'amis artistes que l'on qualifiera d'Ecole de Sint-Idesbald. On y retrouve sa compagne, Georgette Dufour, sa muse, Isette Gabriels (également artiste) mais aussi Paul Delvaux et Pierre Caille. Dès les années 50, Grard est au sommet de sa carrière. Il est désormais sollicité et réalise nombre de commandes publiques. Ses oeuvres glorifient le corps et les formes de la femme. On y retrouve des femmes aux courbes plantureuses ayant bien souvent un lien avec la nature. Citons Le printemps, initialement créé pour le parc du Cinquantenaire et maintenant installé au Musée de Plein Air du Sart-Tilman, La mer, devant la poste d'Ostende, La Caille, à Sint-Idesbald ou encore La terre et L'eau, à proximité du pont Albert à Liège.Le printemps, musée en Plein-Air du Sart-Tilman, photo de Jean Housen, Fondation George Grard

La mer, Poste d'Ostende, photo issu de ce site

Dès 1975, sa santé l'empêche de sculpter. Il pratique donc essentiellement le dessin jusqu'à sa mort en 1984. Son épouse, crééera en 1994, la Fondation George Grard tout comme le musée du même nom à Gijverinkhove, entre Veurne et Ypres.

Beaucoup de ces sculptures existent en plusieurs versions que ce soit en différentes dimensions ou finitions. Elles réflètent la vie d'une manière très naturelle. Leur sensualité intense explique tant les nombreux scandales rythmant leur histoire que leur succès.

À Tournai, la statue qui fera couler le plus d'encre c'est La naïade installée sur le Pont-à-Pont le 31 août 1950. Dès lors le scandale s'amorce et s'amplifie. Rapidement, sa nudité, qualifiée de choquante, est recouverte d'un tissu.

Photographie de Messian - Archéologie Industrielle de Tournai

Finalement, la commune décide de la déboulonner le 7 septembre de la même année! Durant trois décennies, elle sera installée au pied du Pont-à-Pont, son regard tourné vers la ville et la cathédrale. 

 La naïade installée au pied du Pont-à-Pont

Ce n'est que le 7 janvier 1983 que La naïade sera réinstallée à son emplacement d'origine. 

Aujourd'hui, la statue ne soulève plus les critiques. Elle fait partie du paysage tournaisien et est, comme ses acolytes, habillées lors du carnaval annuel.

La naïade, ici déguisée en Néron, Carnaval de Tournai, photographie de "Vuesdunord", issue de ce blog.

 

En cherchant bien, vous pourrez également voir des oeuvres de Grard au Musée des Beaux-Arts (Jeune femme assise, La terre), à l'église Saint-Brice (Tabernacle et fonts baptismaux : Adam et Eve), à la Placette W. Ravez (Les poriginelles) et au Cimetière du Sud (médaillon de Victor Mombel).

 

Pour plus de renseignements vous pouvez consulter :

  • BOUCQ O., BUIS J., DE KEYSER E? et LEGGE J., George Grard > Isette Gabriels. La Naïade, un sculpteur, un modèle artiste, 2008, Tournai.
  • VAN DEN BUSSCHE W., LEGGE J. et SECRET M.,  George Grard. Catalogue d'exposition, Povinciaal Museum Constant Permeke Jabbeke, 1991.
  • la page web du musée en Plein-Air du Sart-Tilman

Une maison d'angle de style Louis XIV à Tournai

Le 25 mars 2014, 10:23 dans autres 0

Tournai regorge d'habitations construites au XVIIe siècle. Dès 1667 et le siège de la ville par Louis XIV, Tournai est sous domination française. À cette époque, l'urbanisme est profondément revu.

 

Le roi de France et ses conseillers fortifient tout d'abord la cité, les remparts sont modernisés et adjoints d'une toute nouvelle place forte étoilée, la citadelle de Tournai.

Parallèlement à ce projet colossal, Louis XIV veut sécuriser et améliorer l'hygiène en ville, il fait canaliser l'Escaut et met en place une série de règles urbanistiques que l'on appelle aujourd'hui le style louisquatorzien.

- encadrement des percements en "dur", c'est-à-dire en pierre de Tournai, tant au rez-de-chaussée qu'à l'étage (Le style tournaisien, lui, reprend les encadrements de baies en pierre au rez-de-chaussée, tandis que ceux des étages sont en alternance de pierre et briques)

- prolongement des linteaux et seuils par des bandeaux de pierre horizontaux

- prolongement des trumeaux par des bandeaux de pierre verticaux

--> cela donne souvent un quadrillage en pierre de la façade

- abandon du pignon en façade principale au profit d'une toiture parallèle au sens de la rue

- mur de refend en briques séparant les greniers des maisons mitoyennes (et non plus des parois en torchis ou en pans de bois)--> le but est d'éviter ou tout du moins de diminuer les risques de propagation d'incendie entre maisons voisines.

Une belle illustration de l'architecture tournaisienne sous Louis XIV, également appelée louisquatorzienne, est ce bâtiment d'angle de la place de Lille.

 

Cette construction du XVIIe siècle présente certaines caractéristiques architecturales du style louisquatorzien citées ci-dessus. La façade bichrome est composée de briques badigeonnées (pour les entablements et les allèges) et de pierre de Tournai (pour le soubassement et les encadrements des percements). 

La façade présente un quadrillage typique de ce style. La verticalité est marquée par le prolongement des trumeaux. L'horizontalité, quant à elle, est soulignée par les cordons larmiers qui prolongent les linteaux des baies. On parle de "cordons larmiers" parce que leur relief permet d'éloigner l'eau de ruissellement de la façade. Grâce à leur forme, ils permettent à l'eau de tomber au sol, non pas en coulant le long de la façade mais en gouttant de "larme" en "larme". Ils freinent de ce fait l'infiltration de l'humidité en façade. 

Les allèges des baies (c'est-à-dire l'espace entre le seuil d'une fenêtre et le sol, ou entre le seuil de la fenêtre et le linteau de la baie inférieure) sont décorées de cartouches sculptés en pierre. Ils font de toute évidence référence à la fonction originale du bâtiment, ici une boulangerie. On peut y voir, de droite à gauche, le moulin qui moud le grain, le boulanger qui pétrit son pain et qui le place ensuite au four.

La façade est surmontée d'une toiture à croupe frontale percée d'une lucarne en bâtière moderne. La seconde façade de cette maison est composée en une grande majorité de briques. Une seule travée reprend les caractéristiques du type louisquatorzien.

Cette maison, classée en 1981, malgré la perte d'éléments typiques tels que les corbeaux en bois sculptés supportant la corniche ou les montants ouvragés des lucarnes, témoigne d'une volonté d'assainissement et d'homogénéité stylistique à Tournai. Sa composition, bien que rigoureuse, confère à l'ensemble une certaine élégance.

Un pavillon en plein cœur du parc de l'Hôtel de Ville de Tournai

Le 20 mars 2014, 13:41 dans architecture et patrimoine 2

Je vous en avez parlé ici, le voici, le voilà : la pavillon de style Empire du parc de l'Hôtel de Ville de Tournai. 

 

Le parc de l'Hôtel de Ville cache bien des secrets. Vous y verrez un élégant kiosque, plusieurs fontaines, un cloître, ... mais aussi un très beau pavillon de style Empire.

 

Construit au début du XIXe siècle, le pavillon reprend les mêmes caractéristiques typiques du style Empire que l'on avait constaté sur cette façade (ici).

Façade principale

Façade arrière

Classé depuis 1980, le pavillon est composé d'un seul niveau et possède quatre façades. Elles sont toutes caractérisées par des grandes baies rectangulaires et par des pilastres couronnés de chapiteau toscan (l'un des ordres de l'architecture antique, également détaillé ici).  Les travées latérales de la façade principale sont aveugles, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas ouvertes d'une baie. Remarquez les médaillons en terre cuite qui y sont placés, figurant des divinités païennes.

 

L'enduit de couleur blanche, l'horizontalité du bâtiment (soulignée par les cordons prolongeant les linteaux et seuils des baies), la toiture mansardée, ainsi que les pilastres toscans et médaillons donnent au bâtiment une allure antiquisante et le placent dans une mouvance néoclassique Empire. 

 

 

Cliché de la région Wallonne, daté probablement de 1980

 

Je vous laisse profiter de l'ambiance du parc et de la vue sur la Cathédrale aux 5 clochers! Et n'oubliez pas de vous promenez le nez en l'air, en quête de ces détails architecturaux qui font le cachet de Tournai et des autres villes historiques (attention quand même où vous mettez les pieds, il ne faudrait pas buter sur l'un ou l'autre pavé.. ^^).

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